Ce que la peur protège, ce que la séparation libère

    Ce que la peur protège, ce que la séparation libère

    Se séparer : traverser le deuil, retrouver sa vérité, grandir.

    Dans mon cabinet, une phrase revient souvent, avec des mots différents : « Je sais que je ne suis plus heureux(se), mais je n’arrive pas à partir. »

    Ce n’est pas de la faiblesse, ni un manque de volonté. C’est le fonctionnement normal d’un psychisme qui cherche avant tout à se protéger.

    Pourquoi on reste : par peur…

    Le cerveau humain privilégie le connu, même lorsque le connu fait souffrir. Plusieurs mécanismes expliquent cette inertie :

    • L’attachement. Les liens affectifs sont, dès l’enfance, associés à la survie. Menacer le lien, même un lien qui nous étouffe, active des alarmes archaïques d’abandon et de perte. 
    • L’investissement. « J’ai déjà tant investi : des années, des projets, une histoire. » Plus l’investissement est lourd, plus il est difficile d’y mettre fin.
    • La dissonance cognitive. Quand ce que l’on vit contredit ce que l’on voudrait vivre, on se raconte des histoires pour réduire l’inconfort : « c’est une mauvaise passe », « ça ira mieux », « les autres couples sont pareils ».
    • L’identité de couple. On finit parfois par se définir par le « nous ». Partir, c’est alors se demander : qui suis-je sans lui (elle) ?

    Ici, la zone de confort n’est donc pas un lieu de bien-être. C’est un lieu de familiarité  qui protège de la peur au prix de l’épanouissement.

    Rester dans sa zone de confort coûte cher

    Dans une relation où l’on ne peut pas être pleinement soi, comme femme ou comme homme, avec ses désirs, ses besoins, sa voix, on s’ajuste peu à peu. On se tait, on se retient, on se réduit. Cette auto-restriction a des effets que j’observe régulièrement chez mes patients : une fatigue sans cause médicale, une tristesse diffuse, une irritabilité, un sentiment de vide, une perte de vitalité, une perte de confiance en soi, parfois un corps qui somatise ce que les mots n’osent plus dire.

    Le danger, ici, est la lente disparition de soi-même.

    Partir mais j’ai mal : une souffrance réelle, qui a un sens

    Je ne présenterai jamais la séparation comme un chemin léger ; tout comme la vie de couple n’est pas un long fleuve tranquille, une séparation l’est encore moins. C’est un deuil au sens clinique du terme : deuil d’une personne, d’une histoire, d’un avenir imaginé, parfois d’une image de soi, d’une image de nous. Il comporte des phases non linéaires : choc, colère, tristesse, marchandage, fluctuations entre soulagement et culpabilité. On peut aller mieux le lundi et s’effondrer le mercredi. Ce n’est pas une régression, c’est le rythme du deuil.

    Les doutes font partie du processus. « Ai-je fait le bon choix ? » revient souvent aux heures de fatigue ou de solitude. Mais la douleur n’est pas la preuve d’une erreur : elle est la mesure de ce qui a compté.

    A retenir : ce qui fait mal n’est pas forcément une erreur.

    Une séparation n’est pas un échec

    Une idée reçue et tenace voudrait qu’un couple réussi soit un couple qui dure. Or, la durée n’est pas le seul critère de valeur d’une relation.

    Une relation peut avoir été sincère, nourrissante, structurante, et avoir pourtant accompli son cycle. Parfois, la décision la plus aimante, envers l’autre comme envers soi, est de reconnaître que l’on ne peut plus grandir ensemble. Se dire : « On a fait le tour, cette relation ne me nourri plus. » 

    Se séparer n’efface rien. Ce qui a été vécu, appris, donné, reste. On ne renie pas un chapitre, on tourne tout simplement une page.

    Une nouvelle page, une renaissance possible :

    En psychologie, on parle de croissance post-traumatique (Tedeschi et Calhoun) pour décrire les transformations positives qui peuvent suivre une épreuve majeure. Elles ne se produisent pas automatiquement, mais elles sont bien documentées : une relation à soi plus profonde, un sentiment de force personnelle, de nouvelles possibilités, des relations plus authentiques, une appréciation plus vive de la vie.

    Concrètement, voici ce que certains patients me décrivent après avoir traversé la peur :

    « J’ai découvert que je pouvais tenir debout seul(e). »


    « J’ai retrouvé des parties de moi que j’avais mises de côté depuis des années pour lui plaire. »


    « Pour la première fois, j’ai su ce que je voulais vraiment. »

    « Je m’aime enfin. »

    La peur, une fois traversée, ne disparaît pas toujours, mais elle change de nature. Elle cesse d’être un mur et devient la preuve d’un courage que l’on ne se connaissait pas. Elle devient notre moteur.

    Apprendre à lâcher : un geste, pas un oubli…

    Lâcher prise n’est pas cesser d’aimer ni nier ce qui a été beau. C’est desserrer la main sur ce qui ne peut plus être sauvé, pour la rendre disponible à ce qui peut naître.

    Pour accompagner ce geste difficile, il faut :

    1. Nommer ses émotions : ce qui est nommé s’apaise plus facilement que ce qui est refoulé. Nommer ce que nous ressentons (douleurs, peurs, profonde tristesse, déchirure…) et accepter de vivre ses émotions qui ont tout à fait leur place.
    2. Ne pas traverser seul(e) : se faire accompagner par un thérapeute, un groupe de parole, des proches fiables. Demander de l’aide est un acte de force.
    3. Réancrer le corps : sommeil, mouvement, respiration, alimentation. Le corps est le premier allié de la régulation émotionnelle. Réapprendre à prendre soin de soi, c’est de commencer à prendre soin de son corps, notre fidèle compagnon.
    4. Reconstruire son identité : se demander « qu’est-ce qui m’appartient, à moi ? », « qui je veux et j’ai besoin d’être ? » et recommencer à y répondre.
    5. Pratiquer l’auto-compassion : se parler comme on parlerait à un ami qui souffre, sans procès ni « j’aurais dû », sans jugement.
    6. Respecter son propre rythme : il n’y a pas de calendrier du deuil. Chacun avance à son rythme et un deuil relationnel, amoureux, mérite tout le temps dont il a besoin…

    Pour conclure

    Choisir de se séparer, c’est parfois refuser de se perdre pour préserver une apparence de stabilité. C’est oser sortir de sa zone de confort pour s’élever un peu plus. C’est se dire enfin : je veux être vivant(e), présent(e), entier(e), je veux être moi et m’aimer moi.

    La peur nous accompagne à chaque seuil, mais elle n’est pas un signe qu’il faut rebrousser chemin. Souvent, elle indique simplement que l’on est en train de grandir.

    Et de l’autre côté, il y a une personne que l’on n’a pas encore rencontrée : soi-même, plus vrai(e), plus libre, plus vivant(e).

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